Lettre ouverte publiée dans Le Devoir le jeudi 29 janvier.
Le recul de l’enseignement de la musique à l‘école : une réalité inquiétante
La musique est au cœur de notre culture et joue un rôle essentiel dans le développement
des enfants. De nombreuses études confirment le bienfait de l’apprentissage de la musique
pour le développement de l’enfant et des bienfaits psychosociaux qui en découlent tels que
la socialisation, l’empathie, la concentration et la persévérance.
Pourtant, son enseignement dans les écoles primaires et secondaires du Québec traverse
une période critique. Depuis plusieurs années, le milieu musical professionnel observe une
fragilisation inquiétante de l’éducation musicale et déplore que cette dernière soit si peu
valorisée, suivie et documentée.
Plusieurs annonces au printemps dernier témoignent du déclin de l’enseignement musical,
notamment avec le recul du programme musique-étude de l’école La Camaradière de
Québec ou l’abandon de celui de l’école Du Plateau à La Malbaie, ou encore, la
relocalisation de l’École Face et ses impacts appréhendés. Cependant, nombre de décisions
plus discrètes se prennent régulièrement dans les écoles qui, aux prises avec des défis
budgétaires, le manque d’enseignants qualifiés ou d’espaces adéquats, choisissent de
délaisser l’enseignement de la musique.
Or, s’il est possible de dresser un état de situation des programmes musique-étude à partir
des données colligées par le ministère de l’Éducation, aucune donnée ne permet de
documenter l’état de l’enseignement de la musique dans les programmes réguliers au
primaire et secondaire. Matière obligatoire entre 1937 et 1980, la musique a perdu son statut
particulier pour être intégrée au programme de formation de l’école québécoise aux côtés
des arts plastiques, de l’art dramatique et de la danse. Si l’enseignement des arts demeure
obligatoire, le choix de la discipline artistique enseignée est laissée à la discrétion de l’école.
Ainsi, considéré comme un choix éducatif local, le ministère de l’Éducation ne collige aucune
donnée quant aux disciplines enseignées, au nombre de classes ou d’élèves en ayant
bénéficié, pas plus que les conditions dans lesquelles cet enseignement est prodigué. Par le
passé, des chercheurs universitaires ont tenté d’obtenir des données sur l’enseignement de
la musique en communiquant directement avec les centres de services scolaires, sans
grand succès.
Pendant ce temps, les témoignages des enseignants spécialisés se multiplient : nombre
d’heures d’enseignement insuffisant, locaux et équipements inadéquats, incertitude quant au
maintien des cours d’une année à l’autre. De plus en plus souvent, l’enseignement de la
musique disparaît complètement.
Devant l’absence d’une évaluation documentée de la situation de l’enseignement de la
musique au cours des 45 dernières années et la difficulté d’accéder à des données
probantes pour faire état de la situation actuelle, il nous apparaît impératif que le ministère
de l’Éducation fasse un bilan de l’éducation des arts à l’école et mette en place un
mécanisme de collecte de données afin d’être en mesure de suivre l’évolution de la situation
réelle de l’enseignement de la musique dans les écoles primaires et secondaires du
Québec.
Ainsi, en toute connaissance de cause, dans un monde où il faut préserver l’identité
québécoise, que l’IA menace la création et que l’hégémonie de la musique américaine
plombe les plateformes musicales, nous pourrons, ensemble, travailler à une éducation
musicale de qualité pour notre relève musicale et les publics de demain.
Signataires:
Caroline Louis, présidente, Conseil québécois de la musique
Mélanie La Couture, cheffe de la direction, Orchestre symphonique de Montréal
Astrid Chouinard, présidente-directrice générale, Orchestre symphonique de Québec
Fabienne Voisin, directrice générale, Orchestre Métropolitain
Marie-Michelle Raby, directrice générale, Orchestre symphonique de Drummondville
Esther Labrie, directrice générale, Orchestre symphonique régionale de
l’Abitibi-Témiscamingue
Stéphanie Girard, directrice générale, Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean
Julie Brosseau, directrice générale, Orchestre symphonique de Trois-Rivières
Guy Bernard, Guilde des musiciens et musiciennes du Québec
Sean Ferguson, doyen, École de musique Schulich de l’Université McGill
Isabelle Héroux, professeure titulaire, UQAM et membre du Regroupement interuniversitaire
de recherche et création·musiques et sociétés (RCMS)




