POUR L’AVENIR DE NOS MUSIQUES : IL FAUT MAINTENANT ALLER PLUS LOIN

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Cette lettre ouverte a été rédigée par Ariane Charbonneau, directrice générale de la SPACQ-AE (Société professionnelle des auteurs, compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs), et co-signée par 35 organisations du milieu musical, dont le CQM.


Les constats sont connus. Année après année, les données publiées sur l’écoute de la musique au Québec nous ramènent à la même réalité : les musiques d’ici peinent à rejoindre les publics d’ici. À titre d’exemple, en 2025, seulement 7,1 % des écoutes sur les plateformes de musique en continu au Québec étaient attribuées à des interprètes québécois.

Nous connaissons les chiffres. Nous connaissons les transformations qui bouleversent notre secteur. Les façons de découvrir et d’écouter la musique ont profondément changé, les publics sont de plus en plus fragmentés et l’offre musicale à laquelle ils sont exposés est désormais mondiale et pratiquement infinie. Et pourtant, malgré les politiques, les programmes et les mesures mises en place au fil des années pour adresser ces enjeux, nous nous retrouvons encore et toujours devant le même constat.

Nous sommes arrivés à un cul-de-sac.

Depuis plusieurs décennies, le Québec s’est doté d’outils structurants pour soutenir la création, la production, la commercialisation et la diffusion de la musique. Ces interventions sont utiles et nécessaires. Elles ont permis de bâtir un écosystème musical riche et diversifié et doivent continuer d’évoluer pour répondre aux transformations du secteur.

Cependant, si les politiques publiques et les mesures réglementaires mises en place au fil des années doivent se poursuivre et s’adapter, elles n’ont néanmoins pas réussi à renverser le recul de l’écoute de nos musiques auprès des publics québécois. Continuer à emprunter les mêmes chemins ne permettra pas plus de renverser la tendance à l’avenir.

La question qui doit maintenant nous occuper est la suivante : quelles nouvelles voies devons-nous ouvrir?

L’industrie musicale québécoise est à un point tournant. Les défis sont considérables, les transformations sont profondes et nous ne pouvons plus nous contenter d’ajustements à la pièce.

Dans cet état d’urgence indéniable, la musique d’ici mérite une réflexion globale sur l’ensemble de l’écosystème québécois de la musique, réalisée en concertation avec celles et ceux qui le composent.

Stimuler la demande : la découvrabilité hors ligne, une piste de réflexion évidente et à notre portée 



Nous devons bien évidemment continuer de soutenir l’offre : la création, la production, l’enregistrement, la commercialisation et la diffusion. Mais il faut désormais agir avec autant d’ambition sur la demande.

Pour y parvenir, nous devons notamment investir davantage un territoire essentiel : la découvrabilité hors ligne.

La découvrabilité de nos musiques ne se joue pas uniquement sur les plateformes numériques. Elle se joue aussi dans les écoles et les établissements d’enseignement, dans les commerces, les restaurants et les hôtels, dans les lieux touristiques, les espaces publics et institutionnels, les salles de spectacle, les festivals ainsi que dans les événements et projets soutenus par l’État ou encore dans des initiatives structurantes de médiation culturelle.

La récente étude du Commissaire à la langue française, L’exception québécoise : étude sur la consommation musicale au Québec, au Canada et dans 24 pays européens, vient renforcer l’urgence d’agir. Au-delà de ces constats préoccupants, l’étude souligne la nécessité d’agir sur plusieurs leviers complémentaires, notamment en renforçant la présence de nos musiques dans les espaces publics et en faisant de la découverte de la musique québécoise un objectif stratégique du système d’éducation. Ces conclusions viennent directement appuyer notre appel à stimuler la demande et à multiplier les occasions de découverte de nos musiques, particulièrement par la découvrabilité hors ligne.

Nos publics ne vivent pas dans les puces informatiques des algorithmes de grandes entreprises de technologie. Nos publics vivent ici, dans un environnement physique concret, que nous connaissons et maîtrisons mieux que personne au monde. Nous disposons d’opportunités uniques pour rejoindre les publics d’ici avec les moyens d’ici.

On doit multiplier les occasions de rencontre avec nos musiques pour stimuler la demande : permettre aux publics de les découvrir, de les entendre, de développer un lien avec elles et, ultimement, de les choisir.

Le Québec dispose dans sa juridiction de nombreux leviers qui peuvent être mobilisés davantage. Cela appelle notamment une collaboration accrue entre le ministère de la Culture et des Communications et d’autres ministères, qu’il s’agisse notamment de l’Éducation, de l’Immigration, du Tourisme, de l’Économie ou encore de la Santé et des Services sociaux, puisque la musique est présente dans toutes les sphères de notre vie citoyenne.

La présence et la découverte de nos musiques doivent être pensées au-delà des seuls programmes culturels.

Il ne s’agit pas de déterminer dès maintenant chacune des mesures. Il s’agit de mettre les possibilités sur la table, de les étudier avec le milieu et d’oser de nouvelles approches.

Nous avons les artistes et l’audace créative. Nous avons les œuvres. Nous avons les entreprises, les salles, les festivals et les professionnel·le·s. Nous avons aussi, au Québec, des leviers importants pour agir.

Nous demandons au gouvernement de faire de la stimulation de la demande une priorité pour l’avenir de nos musiques et d’entreprendre, en concertation avec le milieu, une réflexion ambitieuse sur les moyens de multiplier les occasions de découverte et d’écoute de la musique d’ici, notamment par une action beaucoup plus ambitieuse en matière de découvrabilité hors ligne.

Après des années à constater le recul de nos musiques, il est temps de nous donner les moyens collectifs pour recréer et renforcer la rencontre entre nos musiques et leurs publics.


Les organisations signataires


  • SPACQ-AE (Société professionnelle des auteurs, compositeurs du Québec et des artistes entrepreneurs) 
  • Vision Diversité (promotion des musiques métissées)
  • GAMIQ (Gala alternatif de la musique indépendante du Québec) 
  • LE REFRAIN (Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants) 
  • Journée de l’album québécois 
  • CQM (Conseil québécois de la musique) 
  • Centre de musique canadienne au Québec 
  • SACEF (Société pour l’avancement de la chanson d’expression française)
  • AMUQ (Association des musiques urbaines du Qc) 
  • BEAM (Bureau Estrien de l’Audiovisuel et du Multimédia) 
  • Pas de filles sur la prog 
  • La Maison des Bozos 
  • La maison de la chanson et de la musique du Québec 
  • SMAQ (Scènes de Musique Alternatives du Québec) 
  • Culture pour tous (Journées de la culture, Culture Média, etc.) 
  • WIM Canada (Women In Music Canada) 
  • FEM MTL (Femmes en musique Montréal) 
  • RIDEAU (Association professionnelle des diffuseurs de spectacles) 
  • La Centrale Alternative 
  • SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) 
  • L’Ampli de Québec 
  • Francos de Montréal 
  • Montréal faites du bruit 
  • Société Saint-Jean Baptiste de Montréal 
  • Comité de la Fête nationale du Québec à Montréal 
  • Fondation pour la langue française 
  • Mouvement Québec français 
  • La Vitrine
  • Festival international de la chanson de Granby
  • École nationale de la chanson
  • Culture Montréal
  • ADVANCE
  • Festival en chanson de Petite-Vallée
  • Distribution Amplitude
  • Musique Nomade

Communications CQM

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