Il y a des disparitions qui ne font pas de bruit, mais qui auront longtemps des effets bien réels sur la vie des Québécois·es.
Une école qui renonce à une sortie culturelle ou à un achat de livres. Une compagnie qui réduit le nombre de ses productions. Une tournée qui ne se rend plus en région. Un atelier d’artistes qui ferme. Un diffuseur qui programme moins de jeunes créateurs parce qu’il ne peut plus en assumer le risque. Un lieu culturel qui réduit ses heures d’accès au public.
Pris séparément, chacun de ces renoncements peut sembler anecdotique. Additionnés, ils racontent quelque chose de beaucoup plus grave : l’effritement progressif de notre capacité collective à nous raconter et à transmettre qui nous sommes. Et, ultimement, à rendre notre société plus cohérente et en meilleure santé.
Lors des deux derniers débats télévisés, les cinq chefs se sont fait abondamment questionner, avec raison, sur la santé, le logement et l’itinérance, l’économie et les finances publiques. Ce sont des enjeux fondamentaux, certes, mais considérer la survie culturelle du Québec comme un sujet en marge des grands enjeux serait une grave erreur. En effet, jusqu’à maintenant, nos politiciens semblent avoir renoncé à offrir une réponse ambitieuse à une question pourtant essentielle : quelle est leur vision du Québec dans 15, 20 ou 30 ans ?
Ce renoncement n’est ni plus ni moins qu’une façon de réduire la politique à l’administration et l’intendance. Mais administrer une société n’est pas la même chose que lui proposer un avenir. Gouverner, c’est d’abord choisir ce que nous voulons faire exister. C’est pourquoi nous refusons que la culture demeure, encore une fois, un enjeu périphérique de la campagne électorale.
Le Québec moderne ne s’est pas construit en considérant la culture comme un supplément d’âme. Des générations avant nous ont compris que l’affirmation d’une nation francophone en Amérique passait par sa capacité à créer ses propres institutions, à soutenir ses artistes, à produire ses œuvres et à les rendre accessibles au public sur tout le territoire.
Nous avons fait tout cela parce que nous avions une vision claire et ambitieuse du Québec et de ses citoyen·nes. Voilà ce qui manque cruellement aujourd’hui, et pourquoi il faut que la survie de notre culture soit abordée lors du prochain débat avec toute la place qu’une telle question commande.
Parce que parler sérieusement de culture nous oblige à sortir de l’intendance et à nous demander ce que nous voulons être, transmettre et devenir.
Il est rassurant de croire que la culture québécoise est trop solidement enracinée pour être véritablement menacée. Or, une culture ne disparaît pas du jour au lendemain : elle devient graduellement moins présente, moins visible, moins transmise, moins capable de rejoindre les nouvelles générations.
Puis, un jour, elle cesse d’être le centre d’une expérience commune. Et s’éteint.
Voilà pourquoi nous rappelons aujourd’hui l’urgence que nos politiciennes et politiciens se tiennent Debouts pour les arts et la culture, et exigeons qu’on leur fasse une réelle place dans le cadre du prochain débat des chefs.
D’ici le 5 octobre, nous invitons aussi chaque électrice et chaque électeur à exiger une réponse claire à cette question : que ferez-vous maintenant pour qu’il y ait encore une culture francophone vivante et distinctive en Amérique dans 20 ans ?
Cette lettre est cosignée par 36 organisations culturelles membre du Front commun pour les arts :
● Association des galeries d’art contemporain (AGAC)
● Association des cinémas parallèles du Québec (ACPQ)
● Association professionnelle de diffuseurs de spectacles (RIDEAU)
● Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ)
● Conseil québécois de la musique (CQM)
● Conseil québécois du théâtre (CQT)
● DOC Québec
● En Piste, regroupement national des arts du cirque
● Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ)
● Regroupement de pairs des arts indépendants de recherche et d’expérimentation (REPAIRE)
● Regroupement des arts de rue du Québec (RAR)
● Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV)
● Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ)
● Regroupement des médiatrices et médiateurs culturel·les du Québec (RMCQ)
● Regroupement du conte au Québec
● Regroupement québécois de la danse (RQD)
● Réseau Culture 360° représentant les 15 Conseils régionaux de la culture
● Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP)
● Société des musées du Québec (SMQ)
● Union des artistes (UDA)
● Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ)




